Et si le réchauffement climatique menaçait la vigne ?

Le réchauffement climatique n’est plus un secret pour personne. Seulement, avez-vous pensé aux conséquences du changement climatique sur la viticulture ? Alors, bénéfiques ou inquiétants ? On vous explique !

Tout d’abord, les enquêtes montrent que la température moyenne de l’air a augmenté de 1,4°C approximativement depuis un siècle (1900-2010). Aussi, sur les cinquante dernières années, on constate une augmentation des précipitations dans le nord de la France et une baisse significative de celles-ci dans les régions du Sud. Ce processus risque encore de s'accélérer avec des prévisions de +2°C d’ici 2050 !

Ces changements sont d’ores et déjà identifiables en viticulture à des moments cruciaux du cycle de vie de la vigne. En effet, les stades de développement comme le débourrement (la sortie des bourgeons), la floraison ou la véraison (le changement du couleur des raisins qui mûrissent) ont tendance à apparaître plus précocement avec également des températures de plus en plus élevées pendant la maturation du raisin.

Parcelle 72 au Domaine des Gravennes

Parcelle 72 au Domaine des Gravennes

Des épisodes météorologiques plus intenses

Vignerons et scientifiques s’accordent à dire que le ciel est finalement plus menaçant que la terre. On constate et on peut continuer de craindre des épisodes climatiques redoutables avec moins de gel mais davantage de grêle (comme au printemps 2019 dans le Rhône). La grêle peut dévaster la récolte d’une parcelle en quelques secondes et reste très peu prévisible.

Le changement climatique provoque également l’apparition de nouveaux insectes ou nouvelles maladies parasites qui dévorent les grappes.

Les épisodes caniculaires peuvent également être très inquiétants dans le cycle de maturation de la vigne. S’ils interviennent sur de jeunes grains de raisin (au mois de juillet et d’août), ils peuvent causer l’échaudage des grappes. L'échaudage correspond à un coup de soleil brutal qui grille les jeunes raisins et stoppe leur développement. Visuellement, les raisins sont fripés, desséchés. Les jours très chauds de juin 2019 sont heureusement arrivés à l’étape précédente du cycle sur des grains plus résistants, pas encore formés. Plus tard dans l’année, la fine peau des raisins devient un élément fragile et sensible que la chaleur peut endommager.

Enfin, les dates de vendanges sont elles aussi de plus en plus précoces, obligeant ainsi certaines régions viticoles à ramasser les premières grappes dès la mi-fin août. Il n’est plus rare que ce soit le cas dans les régions continentales comme l’Alsace et la Champagne par exemple. 


Quelles sont les conséquences pour le vin ?

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Toutes ces modifications ont évidemment une incidence sur le produit final qui verra alors sa composition changer avec des vins plus alcooleux et moins acides. En effet, c’est la teneur en sucre des raisins au moment des vendanges qui va définir le degré alcoolique du vin. L’équilibre sucre/acidité nécessaire pour lancer la campagne de vendanges change et le potentiel alcoolique des vins augmente significativement.

Plus concrètement, le dérèglement des saisons invoque une maturation plus rapide des raisins qui se gorgent alors de sucres, qui se transformera plus tard en alcool. Bien que positif pour les professionnels qui souhaitent obtenir des vins rouges plus puissants et chauds, ces augmentations de température peuvent devenir menaçantes pour la production de vins blancs avec des déséquilibres sur l’accord alcool-sucre et acidité privant alors certains vins de fraîcheur et de légèreté. Dans les régions où faire mûrir les raisins était certaines années une gageure (Champagne, Chablis, Alsace…), on souffle un peu. En revanche, plus au Sud, les inquiétudes montent.

Du point de vue gustatif, les vins changent aussi passant d’arômes de fruits rouges frais comme la fraise ou la framboise à des notes plus évoluées de fruits confits avec le travail du vigneron. De façon générale, les professionnels craignent que les spécificités gustatives des régions s’estompent à mesure que le climat réchauffe les vins.


Quelles solutions pour demain ?

Évidemment, les premières solutions ne sont pas novatrices ! Une importante réduction des émissions mondiale de CO2 est capitale pour la protection de l’environnement. De nombreux paramètres sont aussi à revoir comme la production et le recyclage des bouteilles, le transport des marchandises, les énergies des engins agricoles, les instruments oenologiques et composants chimiques utilisés ou encore la conception des bâtiments.

Certaines adaptations sont aussi envisageables dans le travail de la vigne à proprement parler. On envisage notamment des portes-greffes ou des cépages plus résistants aux conditions climatiques et maladies. La modification des pratiques viticoles avec des compléments organiques est indispensable, ainsi qu’une meilleure gestion du sol et de l’eau, ou encore une réorganisation des plantations (expositions, altitude) avec une éventuelle restructuration de la carte des régions et appellations viticoles.

On peut aussi penser à corriger les effets apportés par le réchauffement climatique par des techniques de vinification différente (choix des levures, contrôle des températures, techniques de désalcoolisation ou d’acidification).

Enfin, il sera nécessaire de modifier le cahier des charges des appellations et d’associer les consommateurs à ces changements et décisions.

Vous souhaitez en savoir plus ? Nous vous conseillons cette infographie qui vous expliquera les incidences du réchauffement climatique en chiffres.

VinJustine Glantenay